Pointe-Noire / Brazzaville – Dans le bassin du Congo, le poisson salé ne se mange pas : il se raconte. Derrière chaque bouchée de « Maribindayaka » se cache une histoire de traite atlantique, de ruse villageoise et de résilience culinaire. Lyse AHOU, Technicienne NOC (Network operating center) le jour, expéditrice nocturne de poisson salé et crevettes, nous a accordé un second entretien exceptionnel pour Kongopreneur, l’émission qui met en lumière les entrepreneurs du continent.
📜 « Mari-benda-yaka » : quand le poisson salé faisait parler les enfants
Lyse Ahou raconte :
« Mon père nous a appris une chose. Au village, on appelait le poisson salé Mari-benda-yaka : celui qui délie la langue. Leur belle-mère, pour savoir ce que son mari manigançait ? Elle servait un petit morceau de poisson salé aux enfants. Et là, les gosses, emportés par le goût, lâchaient tous les secrets de leur père. »
L’anecdote amuse Yves Vangu, journaliste à IL EST
TEMPS 89.3 FM, mais elle ne sort pas de nulle
part. Elle révèle un ancrage culturel puissant : chez
les Laris du Congo, le poisson salé n’est pas un aliment
ordinaire – c’est un levier social, un
outil de transmission, presque un
personnage.

🌍 Le roi de Kongo et les Portugais : une histoire méconnue
Yves Vangu contextualise :
« Ce que beaucoup ignorent, c’est que le poisson salé (le cabillaud) a été introduit par les Portugais à la fin du XVᵉ siècle. Ils arrivent dans l’estuaire du Kongo, présentent ce poisson couvert de sel au roi. Le roi le goûte, le recrache. Il dit : “Qu’est-ce que vous me faites manger ?” Heureusement pour les Portugais, ils ont prouvé que c’était comestible… sinon ils étaient exécutés. »
Ainsi, le refus royal a laissé place à l’adoption, puis à l’exportation vers l’intérieur du continent. Le poisson salé devient un produit identitaire : il se conserve sans réfrigération, parfait pour les commerçants kongo qui remontaient le fleuve. En 1974, au Portugal, la simple raréfaction du poisson salé a provoqué des émeutes. Preuve que ce produit, au-delà du goût, touche à l’âme des peuples.
🧂 Choisir la perle parmi les tables – le rituel qualité de Lyse
Lyse ne produit pas encore elle-même le poisson salé. Elle s’approvisionne au marché de la Voix à Pointe-Noire, auprès de mamans vendeuses. Mais son secret, c’est le temps.
« Je prends vraiment mon temps, je regarde chaque table. Je compare. Et si j’ai un doute, j’envoie une photo au client. Il valide, j’achète. »
Les poissons « VIP » selon Lyse :
- Bueka Buemi (thon salé) : le préféré des Lari, un régal avec des asperges.
- Capitaine salé
- Corvée / Morue (importée, mais très demandée)
Le problème des « propriétés privées » au marché
Lyse dénonce une règle informelle mais ferme : « Une fois que tu achètes chez une dame, tu deviens sa propriété. Si j’ose passer à une autre table, c’est la dispute. Pourtant, moi, je voudrais acheter chez toutes pour aider chacune à écouler sa marchandise. »
✈️ Expédier sans avarie : le choix de la voie aérienne
« J’expédie exclusivement par agences de voyage aériennes. La route, c’est toute une journée sous la chaleur. L’avion, ça part le soir, ça arrive le lendemain matin à Brazzaville. C’est plus professionnel. »
📦 Le business aujourd’hui : poisson salé, crevettes, expéditions rapides
Poisson salé
Thon, capitaine, morue
Crevettes
Séchées, qualité locale
Expédition aérienne
PN → BZV en 24h
Paiement sécurisé
50% à la commande
🤝 Le rêve de Lyse : une coopérative des femmes du poisson salé
« J’y pense sérieusement. Mais je ne sais pas comment aborder les mamans pour leur faire comprendre qu’ensemble, on peut toutes gagner plus. »
Lyse voudrait transformer le marché de la Voix : une coopérative unique où chaque vendeuse met ses meilleurs poissons en commun. Lyse centralise les commandes, répartit les achats équitablement.
💡 Les 3 conseils de Lyse aux jeunes entrepreneures
- 🚀 Ne pas attendre d’avoir “tout” : Commencez petit.
- 💍 Le mariage n’est pas une fin : Choisissez un partenaire qui respecte vos rêves.
- 🗣️ Osez la qualité et le service : Je drague mes clients avec le sourire.