Facebook Twitter Instagram YouTube
INTERVIEW EXCLUSIVE FEMMES D'EXCEPTION

Hélène Akilimali : « Entre acacias et béton : la trajectoire unique d'une ingénieure congolaise »

Hélène
                Akilimali - Ingénieure civile congolaise
Hélène Akilimali, ingénieure civile spécialisée en géotechnique, sur l'un de ses chantiers. © Radio IL EST TEMPS 89.3 FM

Kinshasa – Née à Kinshasa mais élevée à Lukala dans le Kongo Central, Hélène Akilimali est une ingénieure civile congolaise au parcours hors du commun. Entre échecs surmontés, discrimination dans un milieu masculin et résilience à toute épreuve, elle trace aujourd'hui sa voie dans le génie civil et la géotechnique.

16 ans

Lauréate concours sciences

R+4

Bâtiments gérés

22

Ouvriers en grève (surmontée)

Note de l’auteur : Yves VANGU, journaliste et animateur
"J’ai rencontré Hélène Akilimali à Kinshasa. Son histoire est un véritable témoignage de résilience. Entre les acacias de son enfance et le béton de ses chantiers, elle incarne la force des femmes congolaises qui brisent les plafonds de verre."

L’interview complète

Journaliste : Yves VANGU, Radio IL EST TEMPS 89.3 FM
Interviewée : Hélène Akilimali, Ingénieure civile, spécialiste en géotechnique

La rédaction : Hélène, vous êtes native de Kinshasa mais vous avez grandi à Lukala. Quel a été le déclic qui vous a orientée vers l’ingénierie civile ?

Hélène Akilimali :
"Je rêvais de médecine au départ. Mais j’ai échoué au test d’entrée. C’était un coup dur. Pourtant, dès mon plus jeune âge, j’avais cette envie de comprendre comment les choses fonctionnent. À 16 ans, j’ai été lauréate d’un concours national de sciences et technologies avec un projet de reboisement utilisant des acacias.

Ce qui m’a vraiment orientée vers l’ingénierie civile, c’est la Cimenterie de Lukala (CILU). Voir cette usine, ses fours, ses bâtiments... Je me suis dit : pourquoi pas moi ? Pourquoi une femme ne pourrait-elle pas construire des ponts, des routes, des immeubles ?"

La rédaction : Votre parcours académique n’a pas été un long fleuve tranquille. Vous avez connu plusieurs échecs...

Hélène Akilimali :
"Effectivement. J’ai connu plusieurs échecs : à Poly Tech, à l’IBTP... J’ai accumulé du retard par rapport à mes pairs. Il y a eu des moments de doute, des crises de confiance. Je me demandais si j’étais vraiment à ma place.

Mais je n’ai jamais abandonné. J’ai travaillé deux fois plus dur. J’ai même financé moi-même ma troisième année (G3) malgré les difficultés financières. Finalement, j’ai obtenu mon diplôme d’ingénieure en génie civil, spécialisée en géotechnique. Chaque échec m’a rendue plus forte."

Le défi du leadership

22 ouvriers ont fait grève pendant 2 jours pour refuser son autorité, car elle est une femme jeune. La direction a dû intervenir pour imposer son leadership. Aujourd'hui, elle gère des chantiers de bâtiments R+4 et des fondations géotechniques complexes.

La rédaction : En tant que femme dans un secteur très masculin, avez-vous été confrontée à des discriminations ?

Hélène Akilimali :
"Malheureusement, oui, et à plusieurs niveaux.

À l’INBTP, les professeurs masculins hésitaient à encadrer des étudiantes par crainte des rumeurs. Ils disaient que cela pourrait nuire à leur réputation. C’était très frustrant.

Sur mes premiers chantiers, je devais constamment prouver ma compétence. Un jour, 22 ouvriers ont fait grève pendant deux jours parce qu’ils refusaient qu’une femme jeune donne des ordres. La direction a dû intervenir pour imposer mon autorité.

Mais j’ai appris que la compétence et la persévérance finissent toujours par imposer le respect, même dans un milieu hostile."

La rédaction : Malgré ces obstacles, vous avez réussi à décrocher un poste de manager technique chez Milvest. Comment y êtes-vous parvenue ?

Hélène Akilimali :
"Après un cambriolage et un échec commercial qui auraient pu me briser, j’ai décidé de rebondir. J’ai postulé chez Milvest et j’ai décroché un poste de manager technique avec un bon salaire, un véhicule et tout l’équipement professionnel nécessaire.

Au début, il y a eu des résistances. Mais j’ai montré ce que je valais. Aujourd’hui, je gère des chantiers importants, notamment un bâtiment R+4 et des fondations géotechniques complexes. Mon supérieur chez Kydel a même imposé mon autorité face aux réticences. Cela m’a beaucoup aidée."

Réalisations professionnelles

✔ Gestion de chantiers de bâtiments R+4
✔ Spécialisation en fondations géotechniques
✔ Poste de manager technique chez Milvest
✔ Stagiaire puis collaboratrice au laboratoire géotechnique de l’INBTP

La rédaction : Avez-vous eu des modèles ou des mentors qui vous ont inspirée ?

Hélène Akilimali :
"Malheureusement, il y a très peu de figures féminines dans mon domaine pour m’inspirer. C’est d’ailleurs un problème : le manque de mentorat pour les femmes en ingénierie.

Mais j’ai eu la chance d’avoir un soutien familial indéfectible. Mes parents ont toujours été là, malgré les hauts et les bas. Certains collègues et supérieurs m’ont aussi soutenue. Mais trop souvent, j’ai dû gagner le respect par la compétence et la fermeté."

La rédaction : Quels sont vos objectifs pour l’avenir ?

Hélène Akilimali :
"J’ai plusieurs ambitions. D’abord, je veux poursuivre un 3e cycle en géotechnique à l’étranger. Ensuite, j’aimerais devenir assistante ou chercheuse à l’INBTP, pour transmettre mon savoir à la prochaine génération.

Et pourquoi pas, un jour, devenir entrepreneur dans mon domaine. La RDC a besoin d’infrastructures solides, et je veux contribuer à cette construction."

La rédaction : Quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes femmes qui hésitent à se lancer dans les métiers de l’ingénierie ?

Hélène Akilimali :
"Je leur dis : ne vous laissez pas décourager par les échecs ou les préjugés. J’ai échoué plusieurs fois. J’ai été rejetée. J’ai dû affronter des grèves et des discriminations. Mais je suis toujours là.

La compétence et la persévérance finissent toujours par payer. Si vous êtes animées par un projet, tentez votre chance !

Ce que je souhaite, c’est qu’il y ait plus de mentorat pour les femmes en ingénierie, et une meilleure reconnaissance des compétences féminines, sans suspicion systématique."
"La compétence et la persévérance finissent par imposer le respect, même dans un milieu hostile. Si vous êtes animées par un projet, tentez votre chance !"

Symbole de résilience

Hélène Akilimali incarne la résilience congolaise. Malgré les échecs académiques, les crises personnelles, les discriminations professionnelles et les défis quotidiens, elle s’impose aujourd’hui par son travail et son leadership.

Elle est capable de gérer des équipes et des chantiers complexes, même face à l’opposition. Et elle veut aller plus loin : dans la recherche, l’entrepreneuriat, et l’ouverture de la voie à d’autres femmes.

Découvrez d’autres interviews, reportages et analyses sur Radio IL EST TEMPS 89.3 FM, votre radio d’information et de culture au Kongo Central.

Restez connectés pour suivre les prochains développements de l'entrepreneuriat féminin et de l'ingénierie en RDC.